Chez Olivia, c’est à la fois trois règnes et trois artistes qui s’entremêlent pour tisser la trame de l’exposition L’ombre des espèces. Marion Hawecker, Estelle Garcia Blanco et Marion Séhier composent ensemble le paysage organique de cette exposition où la collection, le fragment, les traces et la mémoire s’associent par accumulation. Leurs pratiques explorent les frontières fluides et mouvantes entre l’humain et le non-humain, et c’est dans l’ombre même de leurs œuvres, que se déploie cet espace de porosités propice aux nouvelles associations — qu’elles soient minérales, végétales ou animales — où naissent les métamorphoses.
Marion Hawecker est plumassière. A la croisée entre pratique artistique et savoir-faire artisanal, Marion a fait de la plume d’oiseau son médium de prédilection. Elle explore cette matière en développant une production propre de sculptures, bas-reliefs et objets d’art. Elle interroge aujourd’hui dans sa pratique le concept de « Nature » et notre rapport au Vivant, au monde non-humain qui nous environne et avec lequel nous entretenons des connexions conscientes ou non. En parcourant les mythes et sa propre perception elle tisse des fils invisibles entre ces mondes par imitation, mimétisme, analogies de formes et évocations silencieuses à travers différentes formes de production et d’expérimentations autour de la plume d’oiseau.
En 2021 Marion Hawecker est lauréate du Prix de la Jeune Création des Métiers d’Art des Ateliers d’Art de France. Elle est invitée à présenter son travail en Europe, en 2021 à la biennale De Mains de Maitres au Luxembourg, la biennale Révélations à Paris et la Grassimesse à Leibzig en 2022, puis la biennale des métiers d’art HomoFaber à Venise en 2024. Née à Strasbourg en 1986, elle vit et travaille actuellement à Dole (Jura, France). D’abord architecte diplomée de l’ENSA de Strasbourg en 2010, elle s’initie en 2015 au savoir-faire de la plumasserie au sein de la Maison Lemarié à Paris, œuvrant pour les maisons de prêt-à-porter de luxe et de haute couture durant trois années.
Artiste textile et plumassière, Estelle Garcia Blanco combine installations et tableaux-sculptures. Elle explore la figure de l’oiseau, à la fois comme image poétique et comme incarnation du désastre écologique. Sa pratique se concentre sur la plume en tant que matériau symbolique. Elle capture le mouvement du vivant, témoigne du sauvage et représente aussi la mort. Ce qui n’existe plus mais laisse une trace, une mémoire. À travers son travail, elle réunit les mondes animal et humain, mélangeant plumes et textiles pour révéler la tension entre ces deux univers. Ses œuvres détournent des objets usuels – plumes d’oreillers de seconde main, fragments textiles – pour en faire des témoins de notre époque, où le recyclage devient un acte de mémoire et de résistance. Les plumes, délicatement insérées ou compressées, s’entrelacent aux formes minérales du plâtre, questionnant les limites entre nature et artifice, entre légèreté et pesanteur. Ce travail, intime et universel à la fois, invite à une réflexion sur la manière dont nous habitons le monde et sur la mémoire que nous en laissons. Il s’agit d’une tentative de capter l’éphémère, d’évoquer les traces – souvent invisibles – que nos gestes inscrivent dans le paysage.
L’utilisation de plusieurs médiums comme la sculpture, le dessin ou la vidéo permet à Marion Séhier d’explorer sa fascination pour le chaos et son imaginaire fécond. Son travail se construit autour d’une alchimie fragile, un espace ténu, dans lequel des formes simples se transforment en mémoires fictionnelles. Un chantier s’opère à l’atelier, c’est un long processus caché, de construction et de déconstruction. Briser, brûler, décolorer, arracher des matériaux, lio permet de tester leurs limites, d’en apercevoir l’intelligence intrinsèque. Leurs désirs et leurs appréhensions s’entrechoquen. Les observations, les gestes répétés et les expériences façonnent des impulsions sur la matière, dont l’apparition formelle définitive ne peut jamais être totalement décidée au préalable. Faites d’intentions et de hasards, les formes naissent d’un dialogue tendu entre le contrôle et le lâcher prise. Lieu de l’émerveillement et de l’impuissance, c’est souvent le paysage de ruines qui subsiste et s’impose dans mes installations. Ce n’est plus le temps qui opère mais l’accélération d’un mouvement entropique qui montre la fragilité d’un monde, entre calme et tumulte.
Dans L’ombre des espèces, les œuvres de Marion Hawecker, Estelle Garcia Blanco et Marion Séhier construisent un espace où le vivant, le minéral et la mémoire dialoguent tout en maintenant cet équilibre subtil entre présence et disparition. Ici, la plume devient vestige, le fragment récit, la ruine paysage. Une exposition qui déplie en douceur une cartographie sensible du monde, et où, dans l’ombre des formes, surgit le murmure invisible des espèces.